SEO et IA : les fondamentaux ne changent pas
Depuis plusieurs mois, la notion de « SEO pour l’IA » s’impose progressivement dans les discours. GEO, AIO, SEO pour ChatGPT ou pour les moteurs conversationnels : les appellations se multiplient, souvent sans cadre clair. Cette inflation terminologique laisse entendre qu’un nouveau métier ou de nouvelles méthodes seraient nécessaires pour rester visible.
Dans un épisode récent du podcast Search Off the Record, Danny Sullivan et John Mueller ont tenu une position nettement plus sobre. Leur message est simple : optimiser pour les formats de recherche basés sur l’IA relève toujours du SEO. Les supports évoluent, les interfaces changent, mais les principes fondamentaux restent les mêmes.
Cette prise de parole tranche avec une partie du discours ambiant. Elle invite à distinguer ce qui relève d’une réelle évolution des usages de ce qui tient surtout du rebranding. Comprendre cette nuance est essentiel pour éviter de disperser ses efforts et pour continuer à travailler sur ce qui produit des résultats durables.
Pourquoi « SEO pour l’IA » pose un faux problème
L’expression « SEO pour l’IA » suggère qu’il existerait une rupture méthodologique comparable à l’arrivée de nouveaux moteurs ou de nouveaux algorithmes. Or, ce que rappellent clairement les échanges entre Google, c’est que le cadre de référence n’a pas changé. Les systèmes de recherche basés sur l’IA s’appuient sur les mêmes contenus, les mêmes signaux de qualité et les mêmes logiques de pertinence que la recherche dite “classique”.
Parler de GEO, d’AIO ou d’autres variantes revient surtout à renommer des pratiques existantes. Comme cela a déjà été le cas par le passé, certains formats évoluent, certaines interfaces changent, mais l’effort demandé aux éditeurs reste fondamentalement identique. Créer un contenu spécifique pour chaque « nouveau canal » n’a jamais été une stratégie durable, et l’histoire du SEO l’a déjà montré.
L’un des points importants soulevés est que ces nouvelles appellations tendent à déplacer l’attention vers le canal, plutôt que vers le contenu. Or, les moteurs sont devenus suffisamment matures pour interpréter les informations sans nécessiter d’optimisation ciblée pour chaque système. Chercher à “optimiser pour l’IA” comme on optimiserait pour un moteur distinct revient à répéter une erreur déjà observée dans les premières années du référencement.
Ce cadrage permet de ramener le débat à un niveau plus opérationnel. La question n’est pas de savoir comment « faire du SEO pour l’IA », mais comment continuer à produire des contenus pertinents, originaux et utiles, indépendamment du format de restitution. Les évolutions actuelles modifient la manière dont l’information est présentée aux utilisateurs, pas les principes qui permettent à un contenu d’être compris et valorisé.
Ce que l’IA change réellement dans la recherche
Si les fondamentaux du SEO ne changent pas, cela ne signifie pas que rien n’évolue. Les échanges entre Google mettent en évidence un déplacement clair, non pas dans les règles de classement, mais dans les formats et les usages.
L’un des changements majeurs concerne la manière dont les requêtes sont traitées. Les systèmes de recherche basés sur l’IA combinent désormais plusieurs recherches, croisent des sources et reformulent les intentions avant de produire une réponse. Ce mécanisme, parfois décrit comme une « requête étendue », permet d’apporter davantage de contexte à l’utilisateur, sans qu’il ait à multiplier les recherches manuellement.
Ce changement a une conséquence directe sur la notion de clic. Dans ces formats, le volume brut de clics peut diminuer, mais leur qualité tend à augmenter. Les utilisateurs arrivent sur des pages en ayant déjà une meilleure compréhension de ce qu’ils vont y trouver. Le temps passé, l’engagement et la pertinence des visites deviennent alors des indicateurs plus intéressants que le simple trafic.
Un autre point important concerne la diversification des formats. Le texte n’est plus le seul support mis en avant. Vidéos, audio, contenus visuels ou retours d’expérience issus de communautés trouvent naturellement leur place dans ces nouvelles interfaces. Ce n’est pas une rupture, mais une continuité logique de l’évolution des usages, déjà observable depuis plusieurs années.
Enfin, ces formats renforcent la capacité des moteurs à filtrer les contenus peu différenciés. Les réponses génériques, réécrites ou standardisées sont de mieux en mieux couvertes par les systèmes d’IA eux-mêmes. À l’inverse, les contenus qui apportent un point de vue, une expérience directe ou une expertise identifiable conservent leur intérêt, quel que soit le mode de restitution.
Ce qui ne change pas du tout : les fondamentaux du SEO
Au-delà des formats et des interfaces, le message de Google est constant : les critères qui rendent un contenu utile et compréhensible restent les mêmes. L’IA ne redéfinit pas ce qu’est un bon contenu, elle accentue simplement la visibilité des contenus qui répondent déjà à ces critères.
Le premier point concerne l’originalité réelle. Il ne s’agit pas de produire du contenu « nouveau » au sens chronologique, mais d’apporter une information, un point de vue ou une expérience qui ne se limite pas à reformuler ce qui existe déjà. Les contenus génériques, conçus pour répondre mécaniquement à des requêtes fréquentes, sont précisément ceux que les systèmes d’IA peuvent désormais couvrir sans difficulté.
Le second fondamental est l’orientation utilisateur. Écrire pour des humains reste la seule stratégie viable. Les moteurs sont devenus suffisamment efficaces pour interpréter la structure, le contexte et l’intention sans nécessiter d’optimisations artificielles. Chercher à adapter son contenu à un moteur ou à un format spécifique revient à perdre de vue l’objectif principal : répondre à un besoin réel.
Un autre point souvent mal compris concerne la technique. Une grande partie du SEO technique est aujourd’hui intégrée par défaut dans les CMS et les frameworks modernes. Cela ne signifie pas qu’elle est inutile, mais qu’elle constitue de plus en plus une base attendue, et non un levier différenciant en soi. La technique permet au contenu d’exister correctement. Elle ne remplace pas la qualité du contenu.
Enfin, l’authenticité reste un signal central, même s’il est difficile à mesurer. Les contenus qui résonnent avec une audience, qui reflètent une expertise réelle ou une expérience vécue, continuent de se distinguer. Ce type de contenu ne peut pas être produit artificiellement à grande échelle, et c’est précisément ce qui lui donne de la valeur dans un contexte où l’IA peut générer des réponses standardisées.
Formats, engagement et mesure du succès à l’ère de l’IA
L’un des points souvent mal interprétés dans les discussions autour de l’IA concerne la mesure de la performance. Lorsque les formats de recherche évoluent, les indicateurs traditionnels perdent une partie de leur pertinence s’ils sont analysés isolément. Le volume de clics, en particulier, ne suffit plus à qualifier la réussite d’un contenu.
Les formats basés sur l’IA tendent à préqualifier davantage l’intention. L’utilisateur arrive sur une page après avoir obtenu du contexte, parfois même une synthèse préalable. Le clic devient plus intentionnel. Dans ce cadre, une baisse du trafic brut ne traduit pas nécessairement une perte de valeur. Elle peut au contraire s’accompagner d’un meilleur engagement, d’un temps passé plus élevé ou d’interactions plus qualifiées.
Cette évolution renforce l’intérêt des formats complémentaires. Vidéo, audio, contenus visuels ou retours d’expérience issus de communautés ne sont pas des ajouts opportunistes. Ils répondent à des usages réels et s’intègrent naturellement dans des parcours de recherche plus riches. L’enjeu n’est pas de multiplier les formats, mais de choisir ceux qui servent réellement le contenu et l’audience visée.
La question du suivi reste néanmoins ouverte. Les outils de mesure actuels sont encore largement conçus pour la recherche classique. Des ajustements seront nécessaires pour comprendre comment un contenu est découvert, cité ou utilisé dans des réponses générées par l’IA. Cela ne remet pas en cause le travail de fond, mais invite à interpréter les données avec prudence, en privilégiant les signaux qualitatifs plutôt que les métriques isolées.
Conclusion
Les échanges entre Google et ses porte-parole apportent surtout un rappel de cadre. L’IA modifie la manière dont l’information est formulée, agrégée et présentée aux utilisateurs, mais elle ne redéfinit pas ce qui fait la valeur d’un contenu. Les tentatives de renommer ou de segmenter le SEO en disciplines distinctes répondent davantage à un besoin de narration qu’à une réalité opérationnelle.
Dans ce contexte, chercher à « optimiser pour l’IA » comme on optimiserait pour un nouveau moteur revient à se tromper de problème. Les systèmes deviennent plus efficaces pour traiter les contenus génériques et standardisés. À l’inverse, ils mettent mécaniquement en avant ce qui apporte une différence réelle : expertise identifiable, expérience directe, formats adaptés aux usages et cohérence éditoriale.
L’enjeu pour les sites et les éditeurs n’est donc pas de changer de méthode, mais de renforcer ce qui compte déjà. Produire des contenus pensés pour des humains, structurés, authentiques et utiles reste la seule stratégie durable, quel que soit le mode de restitution. L’IA ne crée pas un nouveau SEO. Elle rend simplement plus visibles les limites des approches opportunistes et confirme la valeur du travail de fond.

